Brezhoneg / breton Présentation Données
du rapport Euromosaic

- Introduction à la langue
- La
langue dans le pays où elle est parlée
- Données
générales sur la communauté linguistique
- Description
géographique, démographique et linguistique
- Histoire
générale de la région et de la langue
- Statut
juridique et politique officielle
- Présence et
usage de la langue par domaines
- Enseignement
- Autorités
judiciaires
- Autorités et services publics
- Masse
média et technologies de l'information
- Production
et industries culturelles
- Le monde des affaires
- Usage
familial et social de la langue
- Echanges transfrontaliers
- Conclusion
1. Introduction
à la langue Cette rubrique ne contient
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2. La langue
dans le pays où elle est parlée Cette
rubrique ne contient pas de données pour cette langue. [Retour
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2.1. Données générales
sur la Communauté linguistique Cette rubrique
ne contient pas de données pour cette langue. [Retour
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2.2. Description géographique,
démographique et linguistique La Bretagne est
une péninsule du coin nord-ouest du continent européen, entourée
par la mer. La Manche se trouve au nord, l'Océan atlantique et la Baie
de Biscaye à l'ouest et au sud. Le climat est tempéré: pas
de températures excessives en été et seulement de faibles
gelées en hiver. L'est de la région et les régions côtières
sont dotés de riches terres agricoles et la région est réputée
pour son dynamisme agricole. Les légumes, le porc et les produits laitiers
sont ses principales activités et exportations agricoles, tandis que l'élevage
de volaille s'est beaucoup développé ces quinze dernières
années. Les basses terres de l'est culminent à 384 mètres
aux Menez Are (Monts d'Arrée), dans le centre-ouest. Les villes principales
sont Nantes/Naoned et Saint-Nazaire/Sant Nazer au sud-est, qui forment le principal
port à l'embouchure de la Loire. Ces villes sont essentiellement commerciales
et possèdent quelques chantiers navals. Nantes possède une importante
université et était le siège des Ducs de Bretagne, indépendants
et souverains. Toutefois, aucune de ces deux villes ne fait officiellement partie
de la "Région Bretagne", qui n'englobe que quatre des cinq départements
bretons historiques : Rennes/Roazhon est la capitale de la Bretagne depuis le
Moyen-Age et est aujourd'hui la capitale de la Région. C'est un centre
administratif et militaire. C'est aussi la principale ville universitaire de Bretagne,
accueillant à la fois l'Université de Rennes et l'Université
de Haute-Bretagne, ainsi que plusieurs autres instituts publics et privés
du troisième niveau. Cette ville de 250,000 résidents compte une
population de 60 000 étudiants. Brest et Lorient/An Oriant sont des ports
militaires et commerciaux. L'Université de Bretagne occidentale se trouve
à Brest et la construction d'une nouvelle université est prévue
à Lorient. D'après le recensement de 1990,
la Bretagne compte une population de 3,847,663 habitants. Environ 1,052,000 habitants
vivent dans le département de la Loire-Atlantique, qui est très
urbanisé et ne fait pas partie de la Région administrative. Cette
dernière compte donc une population de 2,800,000 habitants environ. L'ensemble
de la Bretagne a une superficie de 34,462 km2, ce qui donne une densité
de population moyenne de 111 habitants au km2. C'est une densité légèrement
supérieure à celle de la moyenne française. Les
4 départements de la "Région Bretagne" sont ruraux à
43 %. 57 % de ce territoire concentrent 1,100 des 1,290 communes classées
dans la catégorie "rurale". Environ 15 % de l'ensemble de la
population bretonne vivent dans des régions rurales, tandis que 28 % environ
vivent dans des zones semi-urbanisées comptant moins de 10,000 habitants.
Environ 22 % vivent dans des villes comptant moins de 50,000 habitants, tandis
que les 35 % restants vivent dans les grands centres urbains, surtout Rennes et
Brest. Il n'y a aucune ville où le breton est la
langue dominante, même si la majorité des habitants des villes de
moins de 10,000 résidents de l'intérieur de la Bretagne inférieure
comprennent au moins la langue. Il n'y a pas de preuve d'une transmission de la
langue entre les générations, sauf dans les régions rurales,
et à l'exception de quelques rares familles particulièrement engagées. La
population globale a connu une progression constante de 5 % environ ces 30 dernières
années. En 1990, par exemple, il y a eu 33,000 naissances et 28,000 décès
dans la Région, ce qui donne un taux de natalité de 12/1000 et un
taux de mortalité de 10/1000. La Basse-Bretagne (Breizh
Izel), c'est-à-dire la partie occidentale du pays, qui est le foyer traditionnel
de la langue bretonne, compte une population de 1 514 694 personnes. Ce chiffre
est relativement constant depuis vingt ans, mais cache la mort de régions
où la langue est parlée. L'exode rural de la Bretagne centrale et
l'expansion des villes côtières de Basse-Bretagne et de Rennes/Nantes
à l'est n'apparaissent pas dans les statistiques nationales. En fait, les
régions bretonnes se vident à un rythme alarmant depuis les années
60 et, d'après le Plan régional (1993), ce processus se poursuivra
au cours du siècle prochain. Environ 5 % de la population
née en Bretagne sont partis travailler ailleurs, mais ce chiffre passe
à près de 40 % des moins de 25 ans dans les communes où une
grande partie de la population parle français. Le
mouvement d'exode le plus important en Bretagne a été observé
au cours de la période 1920-30, puis à nouveau dans les années
1946-60. Le principal changement démographique est un exode rural vers
les villes à l'est et autour de la côte. Les régions parlant
le plus breton sont aussi les terres agricoles les plus pauvres de Bretagne, et
donc les plus affectées par l'émigration. Ces chiffres n'apparaissent
pas dans les statistiques nationales, ni même départementales. Il
faudrait examiner les relevés au niveau communal, mais, vu qu'il y a 610
communes rien qu'en Basse-Bretagne, la tâche serait énorme. Les
principales causes du mouvement d'exode sont les changements de méthodes
agricoles, qui entraînent un moindre besoin de main-d'oeuvre, combinés
à un manque de nouvelles possibilités d'emploi dans les anciennes
régions agricoles. Depuis la fin de la Deuxième Guerre, les niveaux
d'instruction ont augmenté et les niveaux de vie offerts dans les villes
bretonnes et à Paris, et même plus loin, ne pourraient pas être
égalés dans les régions les plus pauvres de Bretagne. L'usage
croissant du français dans les familles des régions parlant breton
a permis aux gens d'acquérir une compétence linguistique incomparable
à celle d'avant-guerre, et a ouvert de nouvelles possibilités d'emploi
ailleurs, et pas seulement dans le secteur public. D'après
le recensement de 1990, l'ensemble de la Bretagne ne compte que 27 000 résidents
n'ayant pas la nationalité française. Il ne faut toutefois pas oublier
que la ville de Nantes, officiellement séparée de la Bretagne depuis
la Deuxième Guerre mondiale, a connu une immigration massive des autres
parties de l'Etat français depuis les années 50. 23 % de la population
n'étaient pas nés dans le département de la Loire-Atlantique,
ni ailleurs en Bretagne. Bien que ce ne soit pas très important en ce qui
concerne la langue, l'identité bretonne de la ville, et sa contribution
ainsi que celle du département à la promotion de la culture bretonne,
doivent sûrement en être affectées à long terme. Les
études suggèrent que 5 % seulement de la population actuelle des
régions où le breton domine viennent de milieux ne parlant pas le
breton. Une fois encore, il n'y a pas de statistiques officielles montrant les
origines de la population en fonction de leurs antécédents linguistiques.
Les régions rurales de l'arrière-pays des villes de Lannion, Morlaix,
Brest, Quimper et Lorient sont les plus affectées. Certains villages locaux
sont maintenant majoritairement peuplés de nouveaux arrivants. Il faudrait
effectuer des recherches sur le terrain, vu que même les informations statistiques
sur le lieu de naissance des nouveaux arrivants ne nous fournissent pas d'indications
fiables quant à l'usage de la langue et aux attitudes linguistiques de
ces personnes. L'augmentation du nombre de maisons de vacances
et du tourisme est généralement la principale raison du déclin
du pourcentage de personnes parlant breton sur la côte sud et de l'énorme
augmentation des prix des propriétés dans la région de Vannes/Gwened-Auray/Alre-Concarneau/Konkernev.
Les maisons sont donc devenues hors de portée du pouvoir d'achat des communautés
rurales et de pêche locales. Les vacanciers et les propriétaires
de maisons n'apparaissent pas dans les données de population, vu que ces
dernières ne portent que sur la population résidente. 14 % des maisons
des 4 départements de la Région bretonne sont des résidences
secondaires, contre 79 % de résidences principales (INSEE 1994). La
principale cause de l'immigration parmi la population active n'est pas industrielle,
mais militaire. La Bretagne accueille toute la flotte atlantique française
(Brest) et la flotte sous-marine (Lorient). Elle compte aussi de nombreuses bases
militaires et aériennes. Les familles des militaires restent rarement plus
de quelques années au même endroit et, si leur influence française
est toujours présente, l'influence bretonne sur celles-ci est limitée. Le
niveau de vie est inférieur à la moyenne nationale en termes monétaires.
Alors que les prix locaux et l'inflation sont conformes à la moyenne nationale,
le revenu mensuel moyen des ménages jusqu'à janvier 1994 était
de 76 317 francs par mois dans la "Région Bretagne", ce qui est
inférieur d'environ 8 % à la moyenne nationale de 83 005 francs
par mois. La majorité des personnes parlant breton
ont des revenus bien inférieurs à ces chiffres, vu qu'ils sont employés
dans les secteurs à bas salaires (agriculture, pêche). On remarque
souvent que les régions parlant le plus le breton sont aussi les plus pauvres.
Ce sont souvent des régions de collines. Comme le constate Ronan ar C'hoadig
dans son livre Campagnes rouges de Bretagne (Skol Vreizh, 1991), la fréquence
de l'usage du breton et du vote pour l'extrême-gauche augmente avec l'altitude! [Retour
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2.3. Histoire générale de
la région et de la langue Le breton appartient
au sous-groupe brittonique ou britannique du groupe des langues celtiques, et
est une langue indo-européenne. Du point de vue linguistique, c'est une
langue celtique insulaire ou néoceltique, plutôt qu'une variante
celtique continentale (telle que le gaulois). La population bretonne descend en
majorité d'un mélange d'Armoricains (probablement gaulois) et de
Celtes parlant brittonique, qui sont venus de Grande-Bretagne à la fin
de la période romaine. Cette période de l'histoire, vers le 5ème
siècle après J.C., a été particulièrement turbulente
et nous ne disposons que de peu de témoignages historiques écrits
pour établir la composition ethnique exacte de la population. Sur le plan
linguistique, le breton est manifestement insulaire, avec peut-être une
certaine influence gauloise. D'après les noms de lieux, on a affirmé
que l'implantation brittonique a été plus importante à l'ouest
et au nord de la péninsule armoricaine, où les colons brittoniques
étaient probablement majoritaires à la fin du 6ème siècle.
L'historien linguiste Falc'hun a laissé entendre que l'influence gauloise
avait été la plus forte au sud et à l'est de la Bretagne.
Au début de l'époque médiévale, lorsque l'histoire
écrite réapparaît, la Bretagne fonctionne comme un royaume
celtique brittonique continental en contact culturel et économique étroit
avec les Cornouailles et le pays de Galles, mais elle s'est de plus en plus impliquée
dans la politique de l'Europe occidentale continentale de manière générale,
et avec les empires francs voisins en particulier. Cette réalité
géopolitique et la distance géographique allaient progressivement
affaiblir les liens avec la Grande-Bretagne insulaire, et permettre une innovation
linguistique interne, ainsi que la séparation d'avec les langues populaires
du pays de Galles et de Cornouailles. Le breton est une langue distincte du début
du Moyen-Age et d'après Kloss, il ne devrait pas être considéré
comme une langue "Ausbau" en relation avec le gallois. Bien que les
idiomes modernes restent similaires sur le plan linguistique et contiennent un
important vocabulaire commun, l'intercommunication ou même la semi-communication
entre les locuteurs bretons et gallois est pratiquement impossible. Il y a tout
simplement trop de ce que Einar Haugen a appelé le "bruit codé". On
pourrait dire que le breton est la langue celtique la plus influencée par
près de deux mille ans de contacts avec d'autres idiomes non-celtiques,
le plus souvent les langues des classes dirigeantes de la Bretagne. Il
y a quatre dialectes principaux de la langue : les dialectes des régions
de Léon, Treger (et Goelo), Kernev et Gwened. Les
régions des dialectes correspondent approximativement à l'ancienne
division de la Bretagne en diocèses. Vu qu'il s'agissait de divisions politico-ecclésiastiques,
les barrières linguistiques ne sont pas clairement définies. Les
régions sont appelées bro en breton. Bien que ces divisions n'aient
pas de statut officiel, vu que même l'Eglise est désormais structurée
en fonction des frontières départementales de l'Etat, les gens sont
généralement très conscients de leur identité régionale/linguistique.
Bro-Léon (nord-ouest), Bro-Dreger (nord) et Kernev (une immense zone linguistique
qui s'étend de la Bretagne centrale [Kernev-Uhel] au sud de la Bretagne
occidentale autour de Quimper/Kemper [Kernev-Izel]) sont étroitement liés
sur le plan linguistique et présentent peu de problèmes d'intercompréhension.
D'un point de vue historique, le dialecte de Gwened au sud-est se trouve sur un
territoire s'étendant approximativement de l'ouest de l'actuelle frontière
départementale Finistère-Morbihan, vers l'est jusqu'aux salins de
Guérande/Gwenrann en Loire-Atlantique (près de Nantes). Il est linguistiquement
plus éloigné, l'accentuation et les formes verbales étant
les principaux points de différenciation. Certaines personnes parlant le
dialecte Gwened et les autres ont des difficultés à comprendre leur
breton mutuel. Il se peut que ce problème soit en grande partie dû
au manque de contact au cours des cent à cent cinquante dernières
années entre les personnes parlant différents dialectes bretons,
vu que le commerce s'est implanté dans les villes locales et les villes
principales, d'une part, et du fait qu'il y n'a pas vraiment de média en
langue bretonne qui permettrait aux gens d'avoir plus l'habitude d'entendre différentes
variétés de bretons, d'autre part. Il n'y
a pas de statistiques officielles concernant le nombre de personnes parlant la
langue. Les estimations scientifiques basées sur des sondages, tels que
TMO Ouest (1991) et Radio Breizh Izel (1983), ont utilisé de petits échantillons
pour calculer le nombre réel de locuteurs. Le plus
important a été TMO Ouest, qui a interrogé un échantillon
de 1000 personnes au sein de la région bretonne traditionnelle, telle qu'elle
est définie par la frontière linguistique Sebillot, qui se trouve
à l'ouest d'une ligne reliant Plouha, au nord, à Sarzeau, au sud.
L'échantillon était réduit et on peut argumenter que, vu
que la population parlant breton est rurale et que dans de nombreuses régions,
toute la campagne peut être peuplée de personnes parlant breton,
un échantillon standard n'est pas particulièrement utile, parce
que les locuteurs bretons n'ont pas le même profil de population que la
population bretonne de manière générale. L'échantillon
de TMO Ouest était aussi orienté vers le Finistère, vu que
c'était la principale division géographique du sondage (qui couvrait
le Finistère et des parties du Morbihan et des Côtes d'Armor). C'est
problématique, vu que ce sondage et d'autres (celui de Humphrey en 1991,
p. ex.) nous ont appris que la partie parlant breton des Côtes d'Armor est
de loin la région parlant le plus breton, alors qu'elle était peu
représentée dans l'échantillon. TMO a observé que
le breton était la première langue de 21 % de la population de Basse-Bretagne.
Cela correspond à 320 000 personnes, ce qui est probablement prudent pour
les raisons mentionnées ci-dessus, mais concorde avec les approximations
effectuées par des universitaires et des équipes de l'INSEE. Environ
56 % des locuteurs utilisaient leur breton "régulièrement".
Cela signifie qu'environ 180 000 personnes utilisent la langue quotidiennement.
Le reste l'utilise "parfois". Le nombre de ceux
qui affirment seulement "comprendre" le breton a baissé de 12,6
% en 10 ans. Environ 82 % de toutes les personnes âgées de plus de
75 ans et 100 % des plus de 65 ans ruraux parlent breton, même si la capacité
à utiliser le breton passe de 50 % pour les personnes âgées
de 50 ans à un nombre négligeable chez les jeunes; 3,5 % seulement
des 15-19 ans de la "région Bretagne" parlent breton. Il s'agit
donc d'un groupe linguistique déclinant rapidement, avec très peu
de transmission entre les générations. Cet aspect est mis en évidence
dans le sondage Euromosaic, qui s'est concentré exclusivement sur la population
parlant breton. La langue bretonne n'a jamais été
la langue maternelle de l'ensemble de la population du territoire de Bretagne,
même si elle a été présente sur tout le territoire
à différentes époques et dans différentes classes
de la société. Jusqu'au neuvième siècle, le breton
était parlé très à l'est, jusqu'à vingtaine
de kilomètres à l'ouest de Rennes. Il se pourrait que les régions
orientales autour de Fougères, Vitré et l'est de la Loire-Atlantique
n'aient jamais parlé breton. Avec le temps, la frontière linguistique
a lentement reculé vers l'ouest, mais elle est restée assez stable
pendant trois à quatre cents ans jusqu'à ce siècle, lorsque
le breton a décliné sur tout son "centre" traditionnel,
la Basse-Bretagne. Le breton est toujours la langue maternelle parlée dans
toutes les régions de Basse-Bretagne. En Bretagne occidentale, il est le
moins parlé au sud et, de manière générale, aux environs
des côtes. Il est le plus parlé en Bretagne centrale/Kreiz Breizh.
Il est à peine parlé dans les villes et c'est de loin dans les régions
rurales qu'il est le plus utilisé. On peut décrire
trois régions linguistiques en Bretagne : le breton à l'ouest, le
français dans la région extrême-orientale, ou les Marches.
Le pays Gallo se trouve entre ces deux régions. "Gallo" est le
dialecte gallo-romain de la Bretagne orientale rurale. Il est considéré
comme une langue à part entière par certains de ses locuteurs et
par les autorités éducatives, vu qu'en vertu des règles établies
par la loi Deixonne, c'est une matière qui peut être choisie pour
l'examen de fin de scolarité. [Retour
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2.4. Statut juridique et politique officielle Il
n'y a plus de politique linguistique spécifique. La plupart des principaux
témoins ont qualifié la situation de "tolérance hostile".
Le breton ayant le même statut que d'autres langues non-officielles de l'Etat
français, son statut peut être défini en termes négatifs
par les lois passées en faveur du français: 1532
Edit de Villers-Cotterets. Le français est la seule langue judiciaire. 2
thermidor An II (20-7-1794). Le français est obligatoire dans tous
les actes publiés sur le territoire. 2 vendémiaire
An II et 18 janvier 1887 Le français est la seule langue autorisée
dans l'enseignement. 1975 "Le français
est la langue du commerce" 1992 Réforme constitutionnelle "Le
français est la (seule) langue de la République" La
Loi Deixonne (1951) a fourni un cadre légal rudimentaire pour l'enseignement
du breton dans le système scolaire de l'Etat en autorisant l'enseignement
de la langue en option, initialement en dehors des heures de cours régulières. La
France refuse de signer les traités internationaux sur les droits des minorités
autochtones et l'usage de la langue maternelle, tels que, par exemple, la Charte
des langues minoritaires et régionales du Conseil de l'Europe. Il faut
bien entendu s'en rappeler lorsqu'on examine le cadre légal affectant le
statut du breton. La France a également fait des dérogations à
l'Article 27 du Pacte des Droits civils et politiques, à l'Article 30 de
la Convention des Droits de l'Enfant, qui concernent tous le droit d'utiliser
sa langue maternelle. Les Conseils municipaux de toutes
les communes de Basse-Bretagne, sauf un, ont demandé au gouvernement central
de signer la Charte européenne des langues minoritaires et régionales
et de définir des domaines politiques et de lois linguistiques. Le sondage
Euromosaic a révélé qu'une nette majorité de locuteurs
bretons est favorable à un usage accru de la langue dans l'administration
et le secteur public, à l'enseignement de la langue aux enfants, ce qui
requiert des structures légales. En même temps, une majorité
de personnes interrogées ont aussi donné de très mauvais
scores au gouvernement central en ce qui concerne l'intérêt témoigné
au breton, ce qui semble refléter la perception générale
de la question. [Retour au sommaire]
3. Présence
et usage du breton par domaine 3.1.
Enseignement Le breton en tant que matière: 8
000 élèves ont au moins un cours par semaine en breton à
l'école primaire, dont 1000 élèves de Diwan, 250 de Dihun
et 750 élèves de classes bilingues de l'Etat. 2
800 élèves ont au moins une heure par semaine à l'école
moyenne (Collège), dont 120 dans des classes de Diwan et 50 dans des classes
bilingues. 1 200 élèves ont au moins un cours
en tant que matière de baccalauréat au Lycée. Ces
chiffres comprennent les enfants des écoles en breton (Diwan) et ceux des
classes bilingues dans les classes de l'Etat et catholiques (Dihun). Cela implique
que 2 % seulement des enfants en âge scolaire reçoivent un certain
enseignement du breton. Il n'est pas évident que
l'enseignement puisse s'avérer un agent réaliste pour la reproduction
et la production de la langue dans ces circonstances, surtout que le peu d'enseignement
du breton s'avère géographiquement périphérique des
régions où il survit en tant que langue communautaire. Moins de
1 % des enfants des personnes interrogées dans le sondage ont eu quelques
cours de breton à l'école. Il faut toutefois se rappeler que l'enseignement
en breton est un phénomène nouveau (depuis 1977) et que les premiers
professeurs de breton qualifiés sur le plan personnel n'ont commencé
à obtenir leur diplôme qu'en 1992, lorsque les personnes interrogées
répondent qu'ils ont "choisi" d'éduquer leurs enfants
en français, alors qu'en réalité il n'y avait sans doute
pas et il n'y a toujours pas d'alternative réaliste. La
formation des professeurs devrait être examinée à la lumière
des résultats du sondage en ce qui concerne la position du breton dans
la société. On peut avancer que le breton n'est plus que la langue
maternelle d'un infime pourcentage d'enfants et donc qu'envoyer ses enfants dans
une école en breton, quelle que soit la composition linguistique de la
communauté, est devenu un acte d'activisme linguistique, plutôt que
le reflet d'un besoin ou d'une réalité linguistique et de société. [Retour
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3.2. Autorités judiciaires Le
breton n'a ni statut, ni place dans le système judiciaire français,
le français étant la seule langue autorisée. Cela peut être
considéré comme une application de la philosophie politique française,
selon laquelle tous doivent être égaux devant un tribunal et doivent
donc parler la même langue. Des traducteurs peuvent être utilisés
s'il est démontré que les défendeurs ne parlent pas français.
En général, les documents ne peuvent toutefois pas être reçus
en breton, puisqu'ils doivent être traduits, leur version française
étant la version légale pour le tribunal. En cas de divergence,
c'est la version française qui prime. Même des juges parlant breton
hésiteraient donc à accepter des documents bretons, sauf si cela
s'avérait absolument nécessaire. [Retour
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3.3. Autorités et services publics Le
breton n'est ni utilisé, ni autorisé dans l'administration centrale
de l'Etat, conformément aux principes généraux de la loi.
Le breton n'est pas non plus utilisé par l'administration régionale;
ni par le Conseil régional breton, ni par les organes de l'Etat central
en Bretagne. Il n'y a pas de politique spéciale régissant cet usage,
mais, vu que la majeure partie de l'administration locale copie tout simplement
le fonctionnement du gouvernement central, la question n'est pas soulevée. Cela
étant dit, puisque le breton est généralement parlé
et compris, les citoyens locaux l'emploient parfois avec leur mairie et leur Conseil
municipal. Le sondage a prouvé que seulement très peu de personnes
parlant breton n'utilisent pas le breton avec leur conseiller local. Quelques
rares communes travaillent entièrement en breton, mais seulement lorsque
tous les membres élus parlent la langue. Les procès-verbaux, les
notes et avis sont toujours rédigés en français et ne sont
que très rarement bilingues. Très peu de gens savent lire et écrire
le breton, et ils ne sont tout bonnement pas habitués à l'idée
de rédiger des documents officiels en breton. En effet, la philosophie
même du cadre administratif officiel semble décourager l'usage du
breton, le sondage ayant révélé que l'immense majorité
des personnes parlant breton n'utilisent que le français avec les avocats,
les bibliothécaires, au bureau de chômage et au bureau d'allocations,
avec la police et lors des examens de conduite, même lorsqu'ils sont certains
que leur interlocuteur parle breton également. Le
Conseil du Finistère a adopté une politique bilingue et a encouragé
les communes de son territoire à faire de même. Ils fournissent des
conseils quant aux noms de villages et à leur orthographe. La plupart des
communes adoptent désormais cette pratique. D'un point de vue légal,
les noms de communes ou de villages ne peuvent être modifiés sans
un décret du parlement, de sorte que les changements de noms officiels
sont généralement exclus. Le Conseil départemental des Côtes
d'Armor développe lui aussi une politique relative au breton, mais la plupart
du temps, comme dans le Finistère, elle concerne exclusivement des domaines
symboliques, tels que des panneaux indicateurs bilingues et des subventions accordées
aux arts en langue bretonne. Une aide est accordée à l'enseignement
en breton, mais dans l'Etat français, cette responsabilité n'incombe
pas au gouvernement local. Certains conseils locaux agissent
dans le domaine suivant: ils proposent des cours facultatifs de breton à
ceux qui ne le parlent pas et des cours de littérature à ceux qui
parlent la langue. Certaines autorités ont aussi fourni des prospectus
relatifs aux activités théâtrales, aux bibliothèques
et des documents pédagogiques en breton ou concernant cette langue. Vu
qu'une très petite partie seulement de la population totale sait lire et
écrire en breton, les demandes de publications et de services en breton
ne sont généralement introduites que par un petit nombre d'activistes
linguistiques. Cela ne signifie pas que si les autorités produisaient des
versions bretonnes de leurs documents, formulaires, etc., elles ne seraient pas
utilisées, puisque notre sondage a suggéré le contraire. Le
sondage indique que le breton est toujours la langue communautaire, mais cela
dépend de plus en plus de la connaissance personnelle d'un réseau
par le locuteur. Il est donc logique qu'un représentant élu au niveau
local soit considéré comme faisant partie d'un tel réseau,
mais que tous les autres secteurs de l'administration soient considérés
comme extérieurs au réseau personnel. Il faut ajouter à cela
l'identité linguistique négative sur l'usage de la langue dans ce
domaine. Ces faits indiquent que l'usage du breton par l'administration est un
phénomène purement local, limité à l'usage informel
et oral dans des régions où beaucoup de gens parlent breton. [Retour
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3.4. Mass médias et technologies
de l'information L'entrée du breton dans les
médias télévisés est limitée et inconsistante.
Seule la chaîne de télévision publique régionale diffuse
quelques émissions en breton. Elles se limitent à quatre à
cinq minutes d'informations par jour, qui ne peuvent être captées
que par une partie de la région parlant breton. Un programme d'intérêt
général, d'une durée de 45 minutes, peut être capté
dans toute la Bretagne le dimanche. Toutes ces émissions sont généralement
diffusées en dehors des heures de grande écoute. Le
breton est mieux représenté à la radio, bien qu'il n'y ait
pas de service monolingue. Les deux stations publiques régionales bretonnes
diffusent des émissions en breton (2-14 heures par semaine), comme le font
certaines radios associatives locales, dont Radio Kreiz Breizh (20 heures en breton)
et Radio Bro Gwened (17 heures). Le sondage fait apparaître
que les services disponibles sont peu écoutés et regardés,
mais cela nécessite une certaine interprétation. Alors que la plupart
des personnes parlant breton regardent presque toutes les émissions télévisées
diffusées en breton dans leur région, elles en regardent bien plus
en français. Cela ne peut pas être interprété comme
une préférence pour le service français. La télévision
locale estime à quelque 80 000 téléspectateurs l'audience
des programmes dominicaux, alors que les chiffres de 1993 révèlent
que 15 % de la population du Finistère regardent le bref journal d'information
quotidien en breton. Ces chiffres permettent une comparaison favorable avec les
services de radiodiffusion d'autres langues minoritaires en Europe. Les
chiffres du sondage concernant les auditeurs de la radio bretonne peuvent aussi
induire en erreur, vu que le sondage a été mené dans neuf
endroits sélectionnés de Basse-Bretagne, dont cinq au moins sont
hors de portée des deux radios associatives bretonnes. Le sondage a soulevé
quelques problèmes de compréhension interdialectale, surtout dans
le cas des téléspectateurs - auditeurs de la région Gwened,
et, plus surprenant peut-être, dans le pays Bigouden dans le sud du Finistère
également. Ces statistiques et le sondage confirment néanmoins la
théorie selon laquelle un service de radiodiffusion plus complet et constant
aurait probablement une audience considérable. Il
n'y a pas de magazines hebdomadaires en breton, mais il existe une série
de périodiques, généralement consacrés à la
littérature et aux questions linguistiques. Le plus important d'entre eux,
Bremañ, est diffusé à un millier d'exemplaires et est lu
par 2500-3000 personnes. Il y a un nouveau magazine pour enfants, intitulé
Moutig, qui est produit en coopération avec une publication similaire en
langue basque et avec des subventions du Conseil régional et de l'Union
européenne. La diffusion augmente rapidement et il se pourrait que cette
forme de coopération et de subventions s'avèrent être un modèle
valable pour l'avenir. Le fait de savoir lire et écrire
en breton reste très rare et, ce fait combiné au choix des sujets,
sont les principaux obstacles à la vente de publications à la majeure
partie de la population parlant breton. En effet, le sondage indique que plus
de 85 % des gens parlant breton lisent un quotidien en français, mais qu'une
minorité d'entre eux seulement lit des livres, dans quelque langue que
ce soit. [Retour au sommaire]
3.5. Production et industries culturelles Entre
25-30 nouveaux livres aux sujets les plus variés sont publiés en
breton chaque année. L'industrie est encouragée par un public certes
réduit, mais très loyal, qui achète ces livres. Il
y a des activités musicales et artistiques traditionnelles et créatives
très actives en Bretagne. La langue bretonne est un élément
central de la tradition et l'audience de la chanson bretonne est plus large que
le public parlant breton. Environ 20 nouveaux CD en langue bretonne sortent chaque
année. Il y en a eu plus de 30 en 1993. Cela étant dit, le sondage
a révélé que, parmi les activités spécifiquement
basées sur le breton, seul le Fest Noz/Fest Deiz soulève vraiment
l'enthousiasme de la population parlant breton. Il existe
plusieurs troupes de théâtre amateurs et semi-professionnelles qui
connaissant un franc succès, mais ont tendance à avoir une base
très locale. Il n'y a pas d'industrie cinématographique en breton,
bien que quelques longs métrages aient été produits. La télévision
est le principal marché de ces productions. Le Conseil
régional finance l'Institut culturel breton, Skol Uhel ar Vro. Le Finistère
fait la promotion de sa "différence culturelle" comme attraction
touristique. Le Finistère et les Côtes d'Armor accordent des aides
aux publications, aux disques et festivals. Le Finistère donne des fonds
à la chaîne de télévision France 3 pour les programmes
en breton. Tous soutiennent Dastum, les archives folkloriques. [Retour
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3.6. Le monde des affaires Le
taux de chômage est d'environ 10 % en Bretagne, et ce depuis de nombreuses
années. Parmi la population active, 10 % environ sont employés dans
l'agriculture, tandis que 25 % travaillent dans l'industrie et pas moins de 50
% dans le secteur tertiaire. La moitié environ des personnes travaillant
dans les services sont employées par l'Etat, également réparties
entre les forces armées et l'enseignement. Le tableau ci-dessous révèle
que les schémas d'emploi sont assez similaires dans les cinq départements
bretons, sauf dans la Loire-Atlantique majoritairement urbaine, où le nombre
réduit de travailleurs agricoles fait baisser les chiffres du secteur primaire.
| Primaire | Secondaire | Tertiaire |
| Finistère | 22 % | 29 % | 49
% | | Côtes d'Armor | 28 % | 26
% | 46 % | | Morbihan | 24 % | 31
% | 45 % | | Ille-et-Vilaine | 21
% | 30 % | 50 % | | Loire-Atlantique | 12
% | 38 % | 50 % | | TOTAL | 20 % | 32
% | 48 % | (source : chiffres calculés
sur la base des statistiques de l'INSEE) Bien que réalisé
à très petite échelle, le sondage Euromosaic est représentatif
de la population parlant breton. Parmi les personnes actives interrogées,
environ 79 % étaient des petits agriculteurs ou des ouvriers agricoles,
tandis que 6 % seulement travaillaient dans le secteur tertiaire. Deux tiers de
ceux travaillant pour des entreprises étaient employés par de petites
entreprises de moins de 24 personnes appartenant à des chefs d'entreprises
locaux et dont le directeur ou le propriétaire connaissait ou parlait le
breton. Il n'y avait pas de tendance à employer des personnes parlant breton
à des postes particuliers ou pour des tâches particulières,
et la pertinence du français et du breton sur le lieu de travail semblerait
refléter leur position respective dans la société plus vaste:
alors que la capacité orale et le fait de savoir lire et écrire
en français étaient perçus comme essentiels dans la plupart
des cas, seul le fait de comprendre et parler le breton était considéré
comme "essentiel" ou "utile" par une majorité des personnes
interrogées, savoir lire et écrire étant relativement peu
demandé. Seuls quelques rares emplois, tels que dans
l'administration du Parc régional et l'enseignement de la langue elle-même,
imposent aux travailleurs de connaître ou d'apprendre le breton. En effet,
la plupart des emplois associés au breton sont dans l'enseignement, quelques-uns
dans le tourisme "culturel", les services bilingues des autorités
locales et quelques-uns dans le journalisme/radio/TV. Moins
de 17 % des personnes interrogées, parlant toutes le breton, ont affirmé
très bien pouvoir lire le breton, alors que près d'un quart d'entre
elles ont affirmé être tout à fait illettrées dans
cette langue. La grande majorité d'entre elles ont déclaré
très bien lire et écrire en français. C'est probablement
la principale raison pour laquelle seules quelques très rares campagnes
pour des produits typiquement bretons (produits laitiers, crêpes, biscuits,
boissons alcoolisées) ont été commercialisées en breton,
et seulement par des slogans simples ou des noms de marque. Le sondage montre
que le public encourage un meilleur profil pour le breton, mais les personnes
parlant breton sont majoritairement opposées au fait de rendre la langue
obligatoire et de la privilégier sur le marché de l'emploi. [Retour
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3.7. Usage familial et social de la langue La
majorité des personnes interrogées dans le sondage étaient
issues de familles où les deux parents parlaient breton entre eux, 21 %
seulement d'entre elles affirmant que leurs parents utilisaient le breton et le
français. 52 % seulement des personnes interrogées n'utilisaient
elles-mêmes que le breton avec leurs parents, tandis qu'un tiers d'entre
elles parlaient breton avec leurs frères et 43 % avec leurs soeurs. Cette
tendance à abandonner le breton apparaît aussi clairement dans l'expérience
linguistique de leur enfance. Cette tendance se poursuit dans la génération
suivante, puisque 12 % seulement des personnes interrogées utilisent exclusivement
le breton avec leurs enfants et 14 % seulement de ces locuteurs autochtones utilisent
les deux langues. Il n'est pas surprenant que la grande majorité des enfants
aient abandonné le breton lorsqu'ils s'adressent à leurs propres
enfants. 1 % seulement d'entre eux utilise exclusivement le breton et 6 autres
% utilisent les deux langues. En fait, la situation pourrait être plus catastrophique
que ces chiffres ne le laissent entendre. Le sondage a été mené
auprès de personnes parlant couramment le breton et peu de personnes interrogées
appartenaient aux catégories d'âge plus jeunes. Cela signifie que
les "enfants" dont ils parlent pourraient déjà être
adultes. Il est évident que ces données donnent
l'image d'un groupe linguistique en déclin rapide en ce qui concerne l'usage
à la maison. La famille n'intervient pas en tant qu'agent efficace de la
production langagière et aucun support extérieur n'est apporté
par le système éducatif ni par la société plus large,
vu que les informations relatives à l'usage de la langue par les partenaires
d'un couple tendraient à indiquer que le phénomène affecte
l'ensemble du groupe simultanément. D'après nos chiffres illustrant
la compétence personnelle, parentale et familiale en breton et en français,
le passage linguistique de locuteurs bretons monolingues à des locuteurs
français monolingues est presque entièrement achevé en deux
générations. En résumé, il apparaîtrait
qu'entre 1950 et 1970, en fonction de la région concernée, les parents
ont cessé de parler breton avec leurs enfants. Seule une faible minorité
des familles rurales utilisent le breton comme langue unique à la maison,
et très peu de jeunes âgés de moins de 25 ans utilisent cette
langue entre eux, bien qu'ils s'adressent à leurs grands-parents/parents
en breton. On observe une certaine croissance dans les familles parlant un breton
"ressuscité"/"retrouvé" qui vivent en milieu
urbain, telles que celles à l'origine du mouvement Diwan depuis 1977. Le
sondage a suggéré que 22 % environ des personnes parlant breton
assistent régulièrement à la messe. En fait, ce chiffre ne
représente même pas une fréquentation hebdomadaire, vu que
peu de paroisses situées dans les régions parlant breton sont en
mesure d'organiser une messe toutes les semaines, car elles partagent parfois
un prêtre avec plusieurs autres paroisses. Même ainsi, on aurait pu
s'attendre à ce que l'Eglise soit un agent d'affirmation et de reproduction
de la langue. Plusieurs facteurs s'y sont opposés. Premièrement,
les régions parlant le plus breton sont aussi celles qui comptent le plus
d'électeurs communistes ayant une forte tradition d'anticléricalisme.
En outre, l'Eglise joue un rôle éducatif important en Bretagne et,
en tant que tel, elle est l'agent du programme scolaire de l'Etat dans la région.
La majorité des élèves bretons fréquentent des écoles
catholiques subventionnées par l'Etat. Les structures administratives de
l'Eglise catholique masquent en outre le pouvoir et les structures géopolitiques
de l'Etat. L'usage du breton est très limité
dans les activités de l'Eglise, même si le sondage révèle
que les prêtres parlent souvent breton. La langue officielle de l'Etat domine
tous les domaines du culte, à l'exception des cantiques, des hymnes spécifiquement
bretons. Tant le sondage TMO Ouest que le sondage Euromosaic
ont révélé que la majorité des personnes parlant breton
appartiennent aux catégories agricoles et à bas revenus du marché
de l'emploi, et que comparativement, peu de personnes exerçant une profession
libérale parlent breton. Seule une minorité d'entre elles ont fréquenté
l'enseignement supérieur. En effet, même dans les régions
parlant breton, le sondage indique que la majorité des personnes exerçant
une profession libérale ne parlent pas la langue. La plupart des bretons
acceptent que leur langue ait un statut médiocre et disparaisse, mais rien
ne prouve qu'ils dédaignent leur langue, la majorité d'entre réfutant
la supposition qu'ils sont considérés comme peu instruits ou paysans
s'ils parlent breton. Paradoxalement, le breton devient une langue privée
qui disparaît de la vie communautaire juste au moment où son image
publique s'améliore avec le développement de l'enseignement en breton
et l'image hautement symbolique que lui accordent certains conseils. La
plupart des personnes interrogées dans le sondage ont conservé leur
identité bretonne, malgré l'abandon de la langue. A la lumière
de cette constatation, il n'est pas étonnant que la plupart d'entre eux
conviennent que l'identité de la Bretagne dépend du sort de la langue
et qu'il faudrait apprendre la langue aux enfants. A l'exception du gouvernement
local, tous sont accusés de négliger le breton, tels que l'Eglise,
les banques et les entreprises privées. La plupart des personnes interrogées
estiment à un degré élevé leur propre loyauté
à la langue, ainsi que celle de leur famille et de leurs amis. Dans
ces conditions, il peut sembler curieux que la majorité, toutefois pas
absolue, des personnes interrogées affirment également qu'elles
sont françaises. Cela peut être interprété de différentes
manières et c'est caractéristique de la situation française.
D'un côté, les notions françaises de nationalité et
de citoyenneté sont identiques, et la majorité de la population
accepte donc simplement que le fait d'être Français est une conséquence
de leur citoyenneté ou en fait partie intégrante. En effet, la question
a étonné certaines des personnes interrogées les plus âgées.
Dans ce contexte, le problème d'aimer ou de ne pas aimer sa citoyenneté
est hors de propos dans le contexte de l'évidence de sa nationalité. D'un
autre côté, l'Etat français a élaboré un discours
particulier découlant de la construction des structures véritables
de l'Etat même par le biais d'une soi-disant lutte contre les tyrans internes
et les menaces extérieures. Ce discours requiert la formation de catégories
sociales universellement acceptables (c'est-à-dire en France) de nature
néotribale "nous" et "eux". Dans ce discours, la "francité"
doit être un élément de base de l'identité de tous
les citoyens. Cette théorie a acquis un aspect constitutionnel en 1991,
lorsque la Cour constitutionnelle a rejeté la proposition du gouvernement
français d'institutionnaliser l'existence d'une identité corse distincte.
On pourrait donc être surpris de voir que près d'une personne interrogée
sur cinq affirmait spécifiquement ne pas être Français(e).
L'identité locale reste donc très importante,
tandis que cet échantillon de la population bretonne était toujours,
à 40 %, ambivalente quant à son identité "européenne". [Retour
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3.8. Echanges transfrontaliers Cette
rubrique ne contient pas de données pour cette langue. [Retour
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4. Conclusion De
toute évidence, la communauté linguistique bretonne est sur le point
d'atteindre un état critique. Le nombre relativement important de locuteurs
d'il y a à peine quelques années a virtuellement disparu au cours
de ces deux dernières générations. Cela est dû principalement
à l'existence d'une identité négative associée à
une période prolongée non seulement de négligence mais aussi
d'hostilité de la part d'un Etat qui s'est construit sur la base d'une
normativisation qui, systématiquement, n'est jamais parvenu à intégrer
le bilinguisme dans le cadre de sa diversité culturelle interne. Il n'est
donc pas surprenant que les agents de production et de reproduction linguistiques
de l'Etat en soient réduits au strict minimum. Par conséquent, les
agents de reproduction de la société civile vivent dans un état
de constante faiblesse, ce qui laisse peu d'espoir à un processus de promotion
soutenu de la communauté linguistique. L'absence
presque totale de prestige de la langue provoque dans la majorité de la
population un important manque de motivation, tandis que ceux qui y portent un
certain intérêt le font par souci idéologique plutôt
qu'instrumental. Il est donc urgent que soient mises en place des stratégies
de promotion de la langue. [Retour au sommaire] ©Euromosaic |